Ma petite vie...

“Une accoucheuse qui avait appris son art à la maternité de l’Hôtel-Dieu délivra le 11 août 1965 la très aimable madame Casals, née Torras, d’une deuxième enfant prématurée de sexe féminin. Je peux dire sans crainte de me tromper que si j’avais pu expliquer à l’honorable sage-femme qui était celle qu’elle mettait au monde, elle eût pu d’émotion causer quelque dommage au nourrisson, et du même coup à la France”.


Bon, je vais pas faire semblant plus longtemps, je suis une tricheuse.

Je viens de piquer ça… et de le bidouiller en plus…à Boulgakov, et le nourrisson en question, c’était pas une femelle mais un mâle. Et c’était pas moi mais… Molière.


Alors on arrête tout de suite les divagations car en vérité, personne ne se souvient vraiment du moment de ma naissance, pas même moi, et j’en suis désolée.

Seule la date est vraie. Le reste est littérature.



Je suis née, donc. J’ai grandi et j’ai commencé toute petite à réciter Du Bellay, dont les sons m’enchantaient autant que le sens m’en échappait. Ou La Fontaine dont le phoenix des hôtes de ces bois me semblait si doux et féérique…

Ma mère me dit pourtant que les mots qui sortaient généralement de ma bouche à l’époque, sonnaient bien loin des concours de diction, et que j’alignais déjà tous les putains merde fait chier du monde et d’ailleurs.


Moi je les aimais pareil tous ces mots. Les gros les petits.


Si je dis ça, c’est parce qu’avec le temps va, rien n’est parti vraiment.


Les mots sont toujours là, ils se mélangent comme la vie, les gros, les petits, les légers et les graves, mais les mots qui sonnent. C’est ma façon de rester amoureuse de la musique, de la littérature, des petites choses qui font les grandes, fidèle à celle que j’étais déjà petite et que je veux rester, une populittéraire.


Ecrire un truc qui résonne en raisonnant, voilà ce que je veux faire.